Bienvenue à Togi! Cette merveilleuse île qui propose toutes sortes d'hybrides à la vente. Serez-vous le maître ou l'esclave? NC-18
 

Mais qu'est-ce que j'ai fait ?

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(#) Mer 15 Mar - 21:38
- Fait chier, fait chier, fait chier…

Essoufflé comme si je venais de courir des kilomètres, je sortis de la voiture et allai ouvrir le coffre. Je m’emparai du lourd paquet qui se trouvait à l’intérieur, le balançai sur mon épaule et refermai la porte du coffre d’un geste rageur. Je scrutai les alentours. Personne ne se trouvait là, tant mieux. D’un pas rapide, je m’éloignai en direction du cimetière, dans une partie qui ne comportait pas beaucoup de tombes. Un travail de dernière minute ? Pas vraiment non… Il faisait presque nuit quand je me mis à creuser, jetant parfois des coups d’œil au paquet gisant au sol à côté de moi.

« On peut dire que t’as bien merdé, » commenta Meyer d’un ton narquois.

Je plantai violemment la pelle dans la terre.


- Toi, tu m’parles pas ! rétorquai-je en colère. Tout ça c’est ta faute !

« Eh oh ! T’as qu’à mieux te contrôler ! »


Je serrai les poings et me mordis la lèvre inférieure jusqu’au sang. Si je ne me contrôlais pas, c’était justement à cause de lui. Je ne voulais pas l’écouter, j’avais tenté de lui résister. Mais il était plus fort que moi, j’avais été incapable de m’éloigner, de réfléchir, de me calmer… Et maintenant, j’étais obligé de faire disparaître ma connerie avant que quelqu’un ne s’en rende compte.

- Scheiße (Merde)…

J’étais tellement hors de moi que le trou fut prêt en peu de temps. Les mains tremblantes, j’attrapai le paquet et le jetai au fond. Puis je creusai dans le tas de terre que j’avais fait afin de terminer mon œuvre. Qu’est-ce qui m’avait pris ? Mais qu’est-ce qui m’avait pris bordel ? Je ne voulais pas ça !

« J’t’avais dit de faire attention. »

Attention à quoi ? A elle ?

« Mais non ! A toi espèce de con ! »

A moi, bien sûr… Depuis combien de temps n’avais-je rien fait de mal ? Depuis combien de temps vivais-je à peu près comme quelqu’un de normal et sain d’esprit, sans jamais piquer une crise, sans jamais me dire qu’un jour, tout pourrait mal tourner et me rappeler que je n’étais pas aussi bon que je pouvais le laisser croire ? Depuis trop longtemps… Et plus ça durait, plus il demeurait certain que j’aurai du mal à me contrôler. Et voilà ce qu’il s’était passé. Elle en avait subi les conséquences. Si gentille, si innocente, si naïve. Elle n’avait rien demandé à part un toit et de quoi continuer à survivre. J’avais cru pouvoir lui venir en aide.

« Et t’as tout foiré. »

- C’est toi qui as tout foiré !
répliquai-je en jetant les derniers morceaux de terre sur la petite tombe fraîchement creusée.

Franchement, parfois, je me demandais si la meilleure solution n’était pas de me supprimer pour empêcher Meyer de continuer à faire du mal. Le problème : je n’étais pas assez fort pour ça. Pourtant, rien ne me retenait ici dans ce monde de merde que je supportais de moins en moins.


« T’es trop faible. »

- Putain, ferme-la ou j’te jure que…


Je me tus. Que pouvais-je faire ? De toute façon, m’en débarrasser relevait de l’impossible. Exténué, les muscles des bras brûlants et le souffle court, je posai la pelle, m’assis par terre et poussai un profond soupir. Après une bonne douche, je me sentirai sûrement mieux. J’étais tout sale et je remarquai seulement maintenant que j’avais du sang sur les vêtements ainsi que sur mes mains. Mais pour le moment, je me sentais trop fatigué pour bouger et rentrer à l’appartement. Je me laissai donc choir vers l’arrière pour m’allonger à même le sol. Le ciel s’assombrissait de plus en plus. A certains endroits, les premières étoiles du soir apparaissaient. Je les observai d’un regard à la fois attristé et furieux.

- Pardon Ikko…
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(#) Mer 15 Mar - 21:42
La lune ressort de derrière un nuage. Elle luit, morne éclat dans l’obscurité.

Tu la regardes. Regarder ça ou autre chose t’importe plus : ce n’est qu’une façon pour toi de t’occuper les yeux. Si tu ne cibles rien, ton regard retombe sur la plaque en face de toi. Tu ne veux pas la relire. Tu l’as déjà trop lue.

Le lune brille. Croissant édenté sur sa face de carême, elle t’adresse une grimace mordante. Que fais-tu là ? te dit-elle. Pourquoi es-tu sur ce banc, dans ce cimetière, cette nuit ?

Tu la regardes. Tu ne réponds pas. Tu ne veux juste pas y penser. Est-ce si grave de vouloir fuir un instant la réalité ? De se souvenir d’un temps meilleur, d’un temps révolu à jamais ? Laisse moi rêver Lune !

La lune se moque. Elle disparait et revient au gré de ses envies elle. Jamais on ne l’enfermera dans un tombeau de marbre ? Ce ne te fait pas envie, Dezba ?

Tu la regardes. Tu ne veux pas répondre. Répondre serait… une lâcheté. Répondre serait ouvrir les vannes. Tu n’as pas le droit. Tes parents te l’ont enseigné : les Navajo ne pleurent pas leurs morts. La mort n’est qu’un pendant de la vie. Pleurer, c’est enchainer le défunt et l’obliger à souffrir pour l’éternité au lieu de reposer en paix. Alors tu ne pleures pas. Tu ne réponds pas. Tu ne lâches pas. Tout est vide en toi désormais, mais tu ne peux pas le laisser voir. Jamais.

La lune repasse derrière un nuage. Plus rien à voir.

Tu ne la regardes plus. Ton regard redescend. Tu fermes les yeux avant de contempler ce qu’il y a en face de toi mais la vision est comme gravée à l’intérieur de tes paupières. Une tombe. Une plaque. Un nom. Il s’inscrit en lettres de feu dans l’obscurité glauque qui régne dans ton crâne. Yatoh Dineh.

Quelque chose remonte le long de ta gorge. Un gémissement. Un cri. Certainement pas un mot. Tu ne parleras plus jamais. Tu t’arcboutes comme pour te rouler en boule, poing sur ton coeur mais non, tu ne dois pas. Tu te relèves si vite que tu te sens vaciller, te détournes. Tu n’aurais pas dû venir ici, te dis-tu comme à chaque fois. Tu n’aurais pas dû.

Un nuage blanc sort de ta bouche tandis que tu halètes en essayant de t’éloigner de là. L’essoufflement, ce n’est pas tant la fatigue que l’impression d’être attirée là bas qui le cause. Une pression t’enserre et tente de te ramener, de te forcer à attendre que ton fils ressorte de la tombe comme la lune de l’obscurité. C’est à la fois ton plus grand rêve comme ton pire cauchemar : voir ton fils revenir à toi. Respirer. Rire. Te serrer dans ses bras. T’arracher la gorge de ses dents pour te punir de l’avoir laissé partir. Tu n’aurais pas dû le laisser mourir, et c’est cette conviction qui cherche à t’immobiliser et te trainer là bas.

Tu fouilles des yeux les cieux à la recherche d’un point de repère mais la lune traitresse a décidé de s’éclipser sans un bruit. Alors ton regard va de ci de là tel celui d’un animal acculé, à la recherche d’un bruit, d’une lueur, de quelque chose qui te servirait d’ancre le temps que cette attraction funeste retombe.

Là bas. Du bruit. Quelqu’un bouge. Tu ne vois pas la personne mais tu t’en fiches. Tu te rapproches à petits pas arythmiques. N’importe qui fera l’affaire. N’importe quoi. N’importe comment.

Du moment que tu ne retournes pas là bas.
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(#) Mer 15 Mar - 21:52
Les minutes défilaient, minutes durant lesquelles un silence pesant s’abattit sur le cimetière. En temps normal, j’appréciais ce silence, prenais le temps de m’en imprégner, de le savourer tout en me vidant l’esprit. Pas ce soir. Après ce que je venais de faire, impossible d’avoir la conscience tranquille. Pourtant, j’avais été discret, d’autant plus qu’un hybride venait de mourir, pas un être humain. La plupart des habitants de Togi détestait les hybrides et se fichait de savoir ce qui pouvait leur arriver. Et à moi ? Qu’est-ce qui allait m’arriver si je continuais à jouer au con ?

« J’sais pas mais tu ferais mieux de te calmer, conseilla Meyer. De toute façon, tu peux pas revenir en arrière alors comme d’hab, t’assumes et tu fais ta vie. »

Ma vie… Elle était complètement pourrie ma vie ! Si j’avais su à quel point je galérais, j’aurais accepté le job de mon père et je ne serais pas là à creuser des trous tous les jours pour avoir tout juste de quoi payer mon loyer.

« Ouais et si tu bossais avec Meyer Père, c’est sûrement lui que t’aurais buté en premier. »

Pas faux. Je ne supportais tellement pas ce type que je n’aurais certainement pas tenu une semaine avant de me barrer… ou d’arranger mon problème de manière moins légale. Je poussai un autre soupir, long et déprimé. Malgré la lumière du lampadaire situé à quelques mètres, la lune était bien visible dans le ciel à présent obscur. Je l’observai un moment tout en essayant de virer de ma tête tout ce qui me faisait penser à ma situation désastreuse. C’était difficile. Je ne voyais qu’un seul moyen pour oublier au moins cette journée : boire jusqu’à me rendre complètement ivre. Mais je n’en avais pas envie. Alors pour compenser, je sortis un paquet de cigarettes de la poche de ma veste et calai un bâtonnet de tabac entre mes lèvres. Je l’allumai à l’aide du briquet puis expirai la fumée qui s’éleva lentement au-dessus de ma tête.
Alors que je pliais un bras sous ma tête pour bénéficier d’un meilleur confort sur ce sol plat et herbeux, un craquement me fit légèrement tressaillir. Ce devait sûrement être un écureuil ou une autre bestiole dans le genre. Mais une ombre bougea à côté de moi, ce qui m’obligea à tourner la tête pour voir qui arrivait derrière. C’était une silhouette fine et élancée mais je ne pus rien distinguer d’autre à cause de la lumière dans son dos. J’aurais pu me lever et m’en aller, dire à cette personne de s’en aller et de me laisser tranquille. Cependant, je ne voyais aucune raison de réagir de la sorte et je ne me sentais pas d’humeur agressive à cet instant précis.


« T’as déjà assez donné pour aujourd’hui, tu crois pas ? »

Il avait raison, même si c’était lui le principal fautif. Prenant ma cigarette entre deux doigts sans quitter la silhouette des yeux, je pris la parole.

- Si tu veux arroser des fleurs, les arrosoirs sont à l’entrée.

Je ne savais pas quoi dire d’autre.
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(#) Mer 15 Mar - 21:57
Tu avances d’un pas précipité. Le lampadaire qui était ton phare, tu le dépasses. L’ombre que tu projettes devant toi est aussi épaisse que la purée de pois qui embrouille ton esprit en cet instant. Ces ténébres te précédent, de plus en plus élancées, tandis que la lumière se fait rasante. Puis tu arrives à la source du bruit, tu t’arrêtes.

Il faut quelques secondes pour que la bruma glacée que tu exhales disparaisse et te laisse libre de distinguer ce qui se tient dans ton ombre désormais. Un corps affalé sur le dos. Tu pourrais le croire mort mais de sa bouche fuit une légére fumée, résidu du mégot rougeoyant qui grésille faiblement dans une de ses mains. Vivant. Sans y préter attention, ta main droite se porte à ton coeur qui a failli manquer un battement.

Tu ne discernes pas ses traits, juste le mouvement de sa tête. Un reflet de lumière sur une tombe éclaire une pommette taillée au ciseau mais jette l’obscurité sur le reste de son visage. Il te parle, et l’éclat de ses dents te rappelle celui de la lune qui se moquait de toi tout là haut. Puis le sens de ses paroles te pénétrent et… mais de quoi parle t il ? A qui ? Tu te retournes, t’attendant à demi à trouver quelqu’un juste derrière ton dos, un jardinier nocturne peut-être. Personne. Bien sûr. C’est donc à toi qu’il parlait ?

C’est le visage perplexe que tu reviens vers lui. La torsion de ton buste t’a fait te déplacer légérement sur le coté. Il n’est plus dans ton ombre mais cela ne t’aide en rien : tu ne l’as jamais vu, tu en es certaine. Alors par un vieux réflexe, tu ouvres la bouche pour lui répondre mais rien n’en sort à part un expèce de borborigme grogné. Comme toujours, le rappel de ta condition est douloureux. Muette. Rien à dire. Un coup de tête à droite, les yeux fermés, comme pour faire valser l’idée. Tu t’avances vers lui, tout en fouillant à tâtons ta ceinture pour trouver ton carnet et ton stylo, ton ultime moyen de communication.

Mais tu t’arrêtes avant de l’avoir trouvé. Ceux que tu pensais être des ombres sur ses vêtements se révélent être des taches sombres, visqueuses. Elles ont un air étrangement familier. Tu suis les tâches, remontent jusqu’à la main qui tient la cigarette. Une main aux ongles noircies, et pas par la terre.

Dans ta tête, c’est la lutte. Tu as tout autant envie de t’approcher pour l’aider que de reculer et de t’enfuir. Il est blessé… Non, il s’est blessé. Il est seul ici. Tu ne peux pas le laisser seul. Imagine que… que… Pourquoi penses tu ça ? Pourquoi le mêles tu à ça ? Tu n’as rien à voir avec lui ! Mais tu revois cette main. Main rougie, du sang sous les ongles. Tu te rappelles que quand on t’a rendu ton fils, on ne t’a autorisé qu’à voir une main aux ongles polis, propres. Rendue décente pour la famille. Comment était-elle cette main avant ? Aussi sale que celle là ?

Tes jambes sont tout aussi dissidentes que ta tête. Tu ne pas pas, tu n’avances pas. Tu restes juste là, figée comme un renard dans les phares d’une voiture. Ta figure stoique et tes coups d’oeil affolés indiquent à coups sûrs que tu ne sais que faire.
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(#) Mer 15 Mar - 22:02
La silhouette bougea de manière hésitante. Personne ne me répondit. Peut-être mon interlocuteur n’avait-il pas compris ce que je venais de dire. Ou peut-être aussi n’était-il pas ici pour arroser les fleurs. Peu importait. Je finis par tourner la tête pour porter à nouveau mon regard sur le ciel. Je me souvins alors de ce soir, il y avait quelques semaines à présent, où j’avais rencontré une hybride du nom de Kitsa. Elle aurait fini en très mauvais état si je n’étais pas intervenu pour faire fuir ses agresseurs. Je savais que certains quartiers de la ville ne demeuraient pas très bien fréquentés – voire carrément malfamés – toutefois, je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse se passer des choses aux abords du cimetière. Je ne pouvais plus dire le contraire désormais.
Conséquemment, en pensant à ce soir où…


« Où tu t’es pris pour un véritable héros ? »

Mais il allait la fermer celui-là ? Je voulais juste aider la jeune Kitsune ! Bref, je disais donc qu’en pensant à cette fameuse soirée mouvementée, je me dis qu’il serait peut-être pas mal de prévenir la personne qui se trouvait là aujourd’hui, juste au cas où. Je me mis donc en position assise et me levai paresseusement pour aller faire face au nouveau venu. Ou plutôt à la nouvelle venue. Malgré le peu d’éclairage dont je bénéficiais, je pus tout de même la détailler un instant.
C’était une jeune femme à la peau hâlée et aux longs cheveux sombres. Assez petite…


« En même temps, t’es un géant. »

… elle semblait avoir la trentaine à première vue, même si ses traits et son regard dont je ne devinais pas la couleur trahissaient une jeunesse tardive mais pas désagréable à contempler. Pour éviter la lumière du lampadaire en pleine face et me permettre de mieux voir la demoiselle, je me décalai d’un pas, donnant ainsi l’occasion à chacun d’apercevoir le profil éclairé de l’autre. Et je repris la parole.

- Euh… y a pas grand monde à cette heure ici. Tu d’vrais faire attention, y a des gens bizarres qui traînent dès fois.

« Parce que toi, t’es pas bizarre peut-être ? »


Au moins je n’agressais pas sexuellement les jeunes femmes. Ayant presque oublié la cigarette que je tenais toujours entre deux doigts, je fis tomber un peu de cendre par terre, hésitai, puis finis par me baisser pour l’écraser entre deux cailloux. Je mis le mégot dans son paquet et rangeai ce dernier dans ma veste.

- Enfin après... tu fais c’que tu veux, ajoutai-je en cachant mes mains derrière mon dos pour essayer de les essuyer discrètement sur mon tee-shirt.
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(#) Mer 15 Mar - 23:00
Il se détourne de toi.

Tu le devines plus que tu ne le voies fixer le ciel à son tour, regard adressé à Séléné puis se résoudre à se relever. Il se déroule plus qu'il ne se relève ; toi qui t'es crue un instant ultime pleureuse d'un cadavre, tu te retrouves enfant face à l'ogre des contes de fées.

Il n'est pas menaçant, penses-tu alors que son ombre te recouvre  entièrement un instant, mais il est imposant. Inquiétant par sa taille. La lumière jaunâtre du lampadaire derrière toi lui transforment ses pommettes acérées en os, son visage en crâne ; les reflets sur ses habits froissées et salis dansent sur le tissu comme des feux follets vagabonds puis disparaissent alors qu'il s'approche de toi.

Sent-il ton regard se poser sur lui ? Probablement. C'est que tu ne penses pas à déguiser ton intérêt. Sa nonchalance et sa stature imposante te rappellent un homme de ton passé. Où est-il désormais ? te demandes-tu pour la première fois depuis que tout ça est arrivé. A-t-il appris ce par quoi tu es passé ? S'en est-il soucié seulement ? Tes yeux accrochent les siens une seconde comme pour lui poser la question et enfin obtenir une réponse - mais un rayon de lumière les accrochent, les illuminent, l'illusion se rompt. Il avait des yeux aussi noirs que le jais, aussi profond que l'enfer ; ceux-ci abritent en leur coeur deux émeraudes.

Sa voix achève de te ramener à la réalité. Qu'il est jeune ! En d'autres temps, d'autres lieux, son inquiétude naive t'aurait probablement fait sourire. Mais le sourire n'a pas lieu d'être ce soir : la lune en conserve son usage explosif.

Au lieu de ça, tu étrécis les yeux. Tu ne t'es pas trompé : une large éclaboussure de sang  colore son haut en une virgule sombre, depuis le haut de son épaule jusqu'à l'intérieur de son poignet. Que faire ? Il te suffit de jeter un nouveau coup d'oeil à son visage pour te décider. C'est un humain. Tu te dois de l'aider. C'est ce qui vous distingue des animaux - et des hybrides.

Alors lentement, tu sors ton calepin et ton stylo. Tu passes et repasses sur les quelques mots rapides que tu y écris afin qu'ils soient lisibles même sous cette lumière mordorée, puis t'avances vers lui. Sur la feuille se lisent ces quelques mots tendus dans sa direction, comme une offrande.

Vous êtes blessés?
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(#) Mer 15 Mar - 23:35
Elle ne dit rien, laissa un long silence gênant s’installer entre nous. Je ne savais pas ce qui lui trottait dans la tête mais elle avait l’air en pleine réflexion.

« En même temps, quand on te regarde, y a de quoi se poser des questions... »

J’évitai de lever les yeux au ciel. Tentant désespérément de frotter mes mains sur l’arrière de mon tee-shirt, j’abandonnai très vite l’idée en imaginant ce que devait penser la jeune femme en me voyant me tortiller dans tous les sens. Je me demandais combien de temps ce silence pesant allait durer quand la demoiselle sortit un carnet et un stylo de sa poche. Elle griffonna quelques mots rapidement et me les fit lire. Il était écrit « Vous êtes blessé ? » Je la regardai, intrigué.

« OK... une muette, dit Meyer agacé. C’est pas gagné. »

Pris au dépourvu, j’eus conséquemment du mal à répondre.

- Non…

« Quel abruti ! »

- Euh oui !
me repris-je immédiatement. Enfin… que les mains mais c’est rien, mentis-je.

D’ailleurs, pour les occuper alors qu’elles commençaient à trembler légèrement, je ramassai la pelle et la plantai dans le sol devant moi. Je me raclai la gorge, embarrassé.


- J’travaille ici et euh… j’enterre pas que des gens en bon état, continuai-je, alimentant mon mensonge sans tout de même détourner mon regard de celui de la jeune femme. Et pas toujours officiellement, ajoutai-je sincèrement cette fois.

Pour ces cas-là, je préférais ne pas poser de questions. Personne au centre funéraire ne semblait y voir d’inconvénient, ou alors ils faisaient semblant. En tout cas, du moment qu’on me payait pour mon boulot, c’était tout ce qui comptait.


« Un jour tu vas finir par te faire arrêter, et tu l’auras bien cherché. »

De quoi je me mêlais ? Je lâchai un soupir, espérai que la demoiselle ne le prenne pas pour elle. Meyer me fatiguait tellement… Si je gagnais une année de vie à chaque fois qu’il me faisait chier, je serais immortel.

- Tu… tu cherches quelque chose peut-être ? suggérai-je à l’attention de mon « interlocutrice ». Je peux t’aider si tu veux.
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(#) Ven 17 Mar - 17:31
Comme toujours dans ce genre de situation, tu regardes ses yeux. Le spectacle habituel de la valse des émotions s'y tient : incompréhension, perplexité, réalisation. Pitié. Lorsqu'il redresse la tête et te voit de nouveau, tu sais qu'il ne voit plus une femme mais une handicapée. C'est toujours ainsi. Tu devrais y être habituée et pourtant, plus tu te retrouves confrontée à cette situation, plus tu réagis mal. C'est toi qui détourne le regard maintenant, t'obligeant à garder ton souffle égal, à juguler ton agressivité. Oui, tu es muette. Oui, tu le sais. Et non, ça ne te rend pas faible - du moins, c'est ce que tu te répétes jour après jour, lorsque tu contemples ton reflet dans le miroir. Ca ne te rend pas moins... toi.

Tu ignores sa confusion. Oui, non, peut-être. Les hésitations te passent au dessus. C'est habituel, de perdre ses mots face à ton calepin, à croire que c'est une arme secrète. Mieux vaut ne pas le regarder ; ce qu'il découvrirait, affleurant la surface, ne lui plairait pas.

Et pourtant, tu cédes et dans ton regard ne se lit que stupeur. Il enterre des gens ? Il travaille ici ? Au cimetière ? Ta main droite se lève, s'arrète devant sa touche, doigts semi-fléchis, comme pour te dissimuler la vérité. Il est fossoyeur, réalises-tu. Fossoyeur. Il enterre des gens. Des morts. Comme...

L'énervement t'a entièrement quitté, remplacé par une curieuse fascination dégoûtée. Tu sais que des gens enterrent les morts, tu le sais... mais tu ne l'as jamais saisi jusqu'à maintenant. Pour toi, tout s'arrêtait une fois le cercueil refermé et si tu avais vraiment dû imaginer ceux qui rebouchaient la sépulture, tu aurais utilisé des termes comme blafards, sinistres, maigrelets. L'homme en face de toi, il n'a rien de spectral ou de terrifiant. C'est une montagne, deux yeux brillants et vivaces, un mégot au bout des lèvres et une voix rauque qui n'a rien de sépulcrale.

Lorsqu'il soupire et se penche légérement en avant, tu te retiens de reculer d'un pas. La montagne souffle : est-ce le signe avant-coureur d'une éruption ? Tu cherches dans son comportement quoi que ce soit d'étrange - ou plutôt, non, tu t'évertues à trouver quelque chose d'étrange dans son comportement, parce que l'idée qu'un simple être humain cotoie quelque chose d'aussi terrifiant pour toi que la mort et en ressorte indemne te... terrifie. Parce que toi, tu ne t'en remets pas. Toi qui a cotoyé un seul mort tu as tout perdu, alors que lui qui les enterre à la pelle se montre vivant. Est-tu donc si faible ?!

Mais tu ne sais pas. Tout est explicable. Le sang par son travail. Sa fatigue par son labeur. Sa désorientation par ta présence. Tout est... normal - et plus tu le trouves normal, plus tu sens les larmes affleurer à la limite de tes paupières. Si ce n'est pas étrange ! Tu as tenu bon face à la police, face aux amis, face aux collègues, face au cadavre mais tu te retrouves comme submergée par tes émotions en face d'un parfait étranger !

Comme tu es faible...

Tes jambes s'affaiblissent. Tu recules d'un pas, de deux avant de céder et de tomber cul par terre, dans un geste incontrolé et infiniment las, comme une enfant qui aurait cherché à veiller trop tard et serait mise à terre par le sommeil. Et pourtant, ce n'est pas de sommeil dont il est question ici. C'est de faiblesse. D'abattement. Ta vision se brouille alors que tu te recroquevilles, tête presque au niveau des genoux et t'oblige à respirer amplement, lentement. Tu ne dois pas craquer. Pas maintenant. Insensiblement, tu te mets à te balancer d'avant en arrière, encore et encore, métronome rythman l'étrange sanglot étouffé qui sort de ta gorge.
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(#) Ven 17 Mar - 19:58
Étant donné qu’elle était muette, je ne m’attendais pas vraiment à ce qu’elle me réponde. Ou alors, elle utiliserait son carnet et noterait quelques mots suffisants pour combler ma curiosité polie. Mais elle n’en fit rien. Et il fallait dire que sa réaction m’étonna. L’air soudain affaibli, elle recula de deux pas. Puis ses jambes ne soutinrent plus son poids et elle tomba assise dans l’herbe. Elle semblait complètement abattue. Qu’avais-je dis de mal ? Je voulais juste être gentil, pour une fois… Perplexe, je regardai la demoiselle se recroqueviller. Elle respirait bizarrement, comme si elle avait du mal à inspirer. En la voyant sur le point de fondre en larmes, je lâchai ma pelle qui resta droite et immobile, et posai un genou à terre pour faire face à la jeune femme.

- Eh ! ça va pas ? m’enquis-je inquiet en avançant ma main vers elle.

Je me ravisai, l’essuyai cette fois plus vivement sur mon tee-shirt, puis me risquai enfin à entrer en contact avec mon interlocutrice en effleurant son épaule. Que dire ?


« Alors là, tu te démerdes. »

Évidemment, il était toujours là pour me faire chier mais quand je voulais un peu d’aide, il n’y avait plus personne ! Mal à l’aise, je cherchais mes mots en ayant l’impression que les  secondes défilaient à toute vitesse.

- Euh… tu… tu devrais rentrer au chaud, tu vas choper un rhume.

« Eh ben, c’pas terrible. »

- Schnauze (Ta gueule) !
ne pus-je m’empêcher de répliquer.

Je reportai mon attention sur la demoiselle sans lâcher son épaule. Ce n’était peut-être « pas terrible » mais il faisait quand même froid et elle n’avait pas l’air très chaudement habillée. C’est pourquoi je lui fis la proposition suivante :


- J’ai la clé du centre, tu peux venir te reposer un moment… si tu veux.

En l’ayant prononcé à voix haute, je me sentis de moins en moins sûr de moi. Si ça se trouvait, elle me prenait pour un véritable psychopathe et je lui faisais peur, raison pour laquelle elle se mettait dans cet état. Ce n’était peut-être pas ça du tout mais je n’en savais rien.
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(#) Sam 18 Mar - 0:21
Il s'est mis face à toi.

Tu ne le réalises que lorsqu'il te touche l'épaule ; ta tête se relève d'un coup sous la surprise. Tes yeux brillent de larmes contenues. Il est à ton niveau. Il te touche. Malgré toi, tu sens ton corps trembler puis comme se précipiter vers ce contact. C'est que tu n'as plus eu de contact humain depuis... depuis... tu cherches. Tu ne trouves pas. Tu ne sais plus. En cet instant où ton coeur convulse dans ta poitrine, tu voudrais plus que tout ne pas être seule, ne pas t'abimer en toi, ne pas disparaitre. Tu voudrais que quelqu'un te voit, toi. Pas la mère de Yatoh, pas la responsable du Wolf Wealth, pas la muette au visage de marbre ; tous ces masques glissent sous le poids de tes larmes. Non, juste toi, la personne derrière, la personne qui souffre atrocement, réalises-tu en cet instant.

Alors oui, cette main tendue, c'est tout ce que tu as en cet instant. Le contact d'un inconnu. Il ne sait pas qui tu es. Il s'en fiche, probablement. Demain, il t'aura oublié mais maintenant, tout de suite, il te voit. Pas la toi d'avant, juste cette personne qui a mal. Si tu pouvais tu te réfugierais dans ses bras et tu pleurerais comme une enfant abritée à l'ombre de son père, monarque puissant controlant tout son petit monde.  Mais tu ne peux pas, tout comme tu ne peux pas pleurer. Ton corps hésite. Aller vers lui ? reculer ? Les deux mouvements se confrontent et s'effectuent sans s'annuler. Le veux tu, le veux tu pas ? Oui. Non. Peut-être.

Mais il ne te laisse pas le choix - et finalement, tu en es plutôt heureuse. Aller au chaud. D'accord. Tout ce qu'il veut. Tu n'as pas l'énergie de réfléchir, même pas la volonté.Tu te relèves. Tu marches. Tu l'accompagnes, la main sur ton épaule te guidant dans les ténébres telle un phare dans la nuit.
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(#) Sam 18 Mar - 18:06
Je voyais dans son regard et dans sa façon de se mouvoir qu’elle hésitait. Elle avait de quoi. Après tout, elle ne me connaissait pas et si j’avais été à sa place, moi aussi j’aurais eu des doutes. Mais finalement, elle se releva, lentement et difficilement, comme si elle avait encore du mal à tenir sur ses jambes. Je me redressai à sa suite, gardant ma main sur son épaule de peur qu’elle ne s’effondre à nouveau. Puis elle me suivit en direction du centre funéraire. Le silence régnait dans le cimetière, seuls le bruit de nos pas sur le chemin caillouteux venait le perturber. Non loin, une voiture démarra et la lumière des feux éclaira la route devant le cimetière pendant quelques instants. Fouillant dans mes poches, je sortis mes clés et ouvris la porte principale de mon lieu de travail.
Ce n’était pas la première fois que j’y entrais alors que tout le monde était déjà rentré chez soi depuis bien longtemps. En vérité, même si personne ne venait m’embêter durant mes heures de travail, je préférais largement venir ici la nuit pour apprécier la tranquillité des lieux… et accessoirement pour ne pas avoir l’air d’un fou en train de errer entre les tombes pendant des heures sans rien faire. J’aimais aussi m’allonger sur le banc au centre du cimetière et regarder le ciel. Mais ce qui me détendait le plus, c’était la musique. Je voulais dire, jouer de la musique. Au moins, mon public ne pouvait pas me juger et j’imaginais que le silence des morts signifiait qu’ils appréciaient mes interprétations. Je n’étais pas aussi bon que j’aurais voulu l’être au piano mais ce n’était pas si grave. Je ne voulais pas en faire mon métier de toute façon.
Quand la demoiselle et moi pénétrâmes dans le hall d’entrée, j’allumai la lumière. Les néons clignotèrent un peu avant de stabiliser leur lumière peu agréable à regarder. J’emmenai la jeune femme dans la salle de repos, la fis asseoir sur le canapé. Elle semblait complètement perdue et je ne savais pas vraiment comment faire pour l’aider.


- Tu veux boire quelque chose de chaud ? proposai-je à tout hasard. Y a du café, du chocolat et du thé. Euh…

Je sortis quelques pièces de mes poches et les lui mis dans la main.

- Tiens, ça devrait suffire, la machine est là.

Je lui montrai le distributeur qui se trouvait à côté d’un arbre vert planté dans un pot. Puis je reculai d’un pas.

- J’te laisse deux minutes.

Je n’attendis pas de réaction de sa part et m’éloignai dans la pièce d’à côté qui abritait les vestiaires. Il me semblait avoir laissé une chemise dans mon casier. Je retirai donc ma veste et mon tee-shirt sale, hésitai puis le jetai à la poubelle. J’allai ensuite me désinfecter les mains. En me regardant dans le miroir me faisant face, je grimaçai de dégoût. J’avais quelques gouttes de sang sur la joue et dans le cou. Je me nettoyai en frottant si fort que ma peau en devint rouge. Les mains posées sur le rebord de l’évier, je regardai le sang disparaître dans les canalisations et lâchai un profond soupir.
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(#) Dim 19 Mar - 13:11
L centre funéraire. Batisse de pierre froide, un mausolée à la gloire des vivants. Tu es déjà venue ici mais cela reste flou, comme un rêve dont seules quelques minces bribes ont survécu à la lueur de l'éveil. Grandes portes béantes. La foule. Les bougies. Le parfum des roses, écoeurant. Le cercueil fermé pour toujours. Un torrent de larmes ruisselant à tes pieds, de ton coeur mais pas de tes yeux...

Il te fait passer par la petite porte ; les lambeaux de souvenirs s'égaient. Ils te laissent en paix... pour le moment. Tu le sais, ils reviendront tôt ou tard obscurcir ta vue mais tu profites de ce répit inespéré.

Dans la petite salle, il te fait asseoir. Dépose dans ta main quelques pièces de monnaie. Café, chocolat ou thé ? Tes doigts se rouvrent, ton regard incrédule reste rivé à l'éclat doucereux des piécettes. Argent de poche, petite monnaie, pourboire... L'impression d'être petite fille est tenace. Que devrais-tu prendre avec cet argent, gamine ? Un esquimau . Un bonbon ? Un joujou ? Les piécettes te donnent l'impression de se moquer de toi, de ton indécision...

Tu les laisserais de coté si tu pouvais, mais ton estomac prend le dessus ; un grommellement retentit dans le silence de la pièce. Tu as passé trop de temps à l'extérieur à écouter la lune, ton corps réclame quelque chose de chaud. Alors hop, tu te lèves. Trois pas pour arriver à la machine à café : elle est d'un modèle ancien, massif, te dépasse et t'écrase, tu rapetisses. Lorsque tu tends la main pour introduire les piécettes, tu t'étonnes presque de cette main d'adulte aux ongles manucurées qui agit pour toi. Chocolat. Thé. Café. Tu choisis l'ultime solution, une tasse de soupe à la tomate. Le gobelet tombe, la machine grince : tu t'accroupis et regarde la poudre se déverser puis l'eau chaude couler dans le gobelet. C'est un petit geste qui te calme et te ramène au quotidien, au travail, au jour le jour. Il ne faut que quelques secondes pour que ta boisson soit prête mais lorsque la sonnerie retentit, tu te sens enfin redevenue toi-même.

Gobelet entre les mains, tu souffles pour en chasser la vapeur d'eau. Tes mains brulent. C'est bon. Rien que l'odeur de tomate artificielle, lisse et simple, apaise tes idées - et bientôt ton estomac. Il faudra que tu remercies le fossoyeur, songes-tu alors. Sans lui, tu serais sans doute en pleine crise d'angoisse entre les tombes, luttant pour arracher chaque bouffée d'air au monde extérieur.

Combien te reste-t-il ? Tu recomptes la monnaie : assez pour un café. Au hasard, tu sélectionnes un expresso sucré et attends que la machine te serve, ton gobelet toujours au creux des mains. Le café de la réconciliation à défaut d'être celui de l'amitié. Sitôt prêt, tu l'attrapes, grimaçant lorsque le plastique bouillant entre en contact avec la paume de ta main.

Il est sorti par là. Vestiaires, dit la pancarte sur la porte. Du dos de la main tu tapes trois petits coups pour prévenir de ton arrivée puis pousse la porte, apportant à ton sauveur pour la nuit une dose de caféine probablement bienvenue.
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(#) Dim 19 Mar - 16:05
Je me ressaisis et fis couler encore un peu d’eau pour nettoyer l’inox. Il fallait que je songe sérieusement à ce que j’allais faire maintenant que Ikko n’était plus là.

« Comme tu faisais avant. »

C’est vrai. Mise à part le fait que je pouvais manger de bons petits plats en rentrant le soir tout en profitant d’un appartement toujours impeccablement rangé et nettoyé, rien n’avait vraiment changé dans ma vie.

« Tu commençais à apprécier la p’tite, non ? »

Un peu… peut-être. Je n’en savais rien. C’était difficile à savoir. J’avais toujours été seul, m’étais toujours débrouillé pour résoudre mes problèmes sans demander d’aide à personne. Je n’aimais pas forcément la compagnie des gens parce que je craignais de les ennuyer ou de leur faire du mal… quand leur propre comportement ne me mettait pas hors de moi. La solitude avait fini par me rendre impulsif, lunatique et égoïste alors que je voulais être tout le contraire. Là, par exemple, je faisais mon maximum pour bien me tenir en compagnie de la jeune femme.

« Ouais, c’est un exploit d’ailleurs. »

Je levai les yeux au ciel.

« Ben quoi ? Avec Ikko aussi tu t’es bien comporté, ou presque. Jusqu’à... »

- La ferme…
maugréai-je en serrant les poings sur le bord de l’évier.

Mon mauvais moi finissait toujours par me rattraper pour tout foutre en l’air. Je rêvais du jour où je n’entendrai plus cette voix dans ma tête et pourrai enfin vivre en paix. Je poussais un autre soupir désespéré quand j’entendis quelques coups discrets contre la porte entrouverte. Dans le miroir, je vis la silhouette fine aux longs cheveux noirs entrer timidement, un gobelet dans chaque main. Elle avait l’air de vouloir m’en donner un. Pour moi ? Vraiment ?


« Ben oui andouille ! s’exaspéra Meyer. Par contre, j’te conseille de te rhabiller. »

Ah oui merde, la chemise. Je me dirigeai donc d’abord vers mon casier, l’ouvris. Le vêtement s’y trouvait bien, à manches courtes et de couleur bleu sombre. Je l’enfilai, le boutonnai rapidement et rejoignis la demoiselle. Je pris le gobelet de café qu’elle me tendait.

- Danke… merci, dis-je à la fois étonné et secrètement enchanté. T’étais pas obligée.

Pour sa part, elle semblait avoir opté pour une soupe de tomate. Je ne savais même pas que le distributeur pouvait faire ça. Je n’avais pas fait attention. Quand j’arrivais au boulot, je me servais directement un café en regardant à peine ce que je faisais puis allais le boire tranquillement dehors quand il ne faisait pas trop froid.

- Au fait… moi c’est Meyer, me présentais-je.
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(#) Dim 19 Mar - 17:26
C'est le regard de son reflet dans le miroir que tu croises en premier avant le sien. Deux émeraudes vertes qui surplombent des cernes sombres, des rides de fatigue qui se creusent aux commissures de ses lèvres, un filet d'eau lui dégoulinant encore le long du cou ; ces petits riens achèvent d'enterrer l'image du géant nocturne qui t'a effrayé un court instant à l'extérieur. Ce n'est qu'un homme, un homme fatigué.
(un homme qui a enterré des gens)

Sourcils légérement froncés, tu te reprends. La gêne dont il fait preuve en s'apercevant de sa nudité partielle fait légérement remonter la commissure de tes lèvres. Tu as déjà vu pire auparavant qu'un peu de poils au torse. Lorsqu'il revient, tu regardes distraitement sa chemise. C'est un pli que tu as pris à l'hotel : toujours vérifier que la tenue des employés soit impeccable. Ses plis nets et droits t'indiquent qu'elle a été repassée et bien pliée ; tu acquiesces de la tête par habitude puis lui tend sa dose de caféine. "Tu n'étais pas obligée ?" Ton épaule se hausse en même temps que son sourcil. Tu te moques, un peu. Aurait-il oublié que c'est sa monnaie qu'il t'a glissé en main ? Le café est à lui, tu n'as fait que le lui amené.

C'est avec soulagement que tu le laisses saisir le gobelet. D'un souffle, tu apaises la brulure qui court le long de ta paume, plies et déplies les doigts avant de reprendre à deux mains ta tasse de potage désormais tiéde et d'en boire une gorgée. Amer et aqueux ; la poudre s'est redéposée au fond, ne laissant à portée de lèvres que de l'eau teintée de rouge. Tant pis.

Ainsi donc, son nom est Meyer. Etrange nom que tu assimiles à l'Europe, à l'Allemagne. Que fait-il ici ? Tu te le demandes. Tu éloignes ton gobelet de ta bouche et essuies tes lèvres du dos de ta main - sensation gluante et désagréable, visqueuse. L'un des grands inconvénients du mutisme est qu'il te faut tes deux mains pour répondre : une pour tenir le calepin, l'autre pour écrire. Où poser ta boisson ? Tu arrêtes ton choix sur une petite table dans un coin, juste à coté du banc qui sert visiblement de siège pour les employés du centre. L'invitant du geste à te suivre, tu t'y poses, lâches ton gobelet. L'habitude aidant, tu ne mets même pas deux secondes à dégainer ton stylo et ton calepin. Il est tellement plus agréable d'écrire à la lumière électrique... Tes lettres sont souples, bien formées, loin des ratures noires et forcenées que tu lui a montrées plus tôt.

Dezba Dineh

Ignorant sir Meyer est son nom ou son prénom, tu te présentes sous les deux. Ton visage reste de glace tandis qu'il déchiffre ton nom. Tu te contentes de lire ce qui défile sur son visage pour savoir comment réagir et t'adapter. L'adaptation... tu ne fais qu'exercer cette qualité depuis Tabanata. Souvent, tu as l'impression que c'est toi, l'handicapée, qui doit veiller à ne pas déranger les bien-portants.

Ceci fait, tu reprends ton calepin et écrit, déliés et liés joliment caligraphiés avant de lui retendre avec un brin de sourire d'excuse.

Je venais voir quelqu'un et j'ai oublié l'heure. Merci de m'avoir amenée jusqu'ici. Je serais encore là bas sans vous.

Pas un mot de plus, pas un mot de moins. Ecrire oblige à synthétiser. Tu ne donnes plus que le minimum d'informations, désormais que tu ne peux plus parler avant de réfléchir. Parfois, c'en est handicapant. Un mot écrit a bien plus d'impact qu'un mot parlé, il reste, il se grave. Certains mots, tu es toujours incapable de les faire apparaitre du bout de ton stylo... Les émotions qu'ils dissimulent immobilisent ta main dans la nasse de l'inertie.
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(#) Dim 19 Mar - 18:47
Elle but une petite gorgée de sa soupe et s’essuya discrètement les lèvres avec le dos de sa main. Ce geste me fit penser à Ikko. La jeune Neko avait toujours été soignée et ordonnée, voire carrément maniaque. Par contre, le seul moment où elle se laissait un peu aller, c’était quand elle mangeait. D’après ce qu’elle m’avait raconté de son passé, elle servait son père comme une esclave et il ne l’autorisait pas à prendre ses repas avec lui. Elle mangeait les restes après, c’est-à-dire pas grand-chose, raison pour laquelle elle était très mince et fragile. Après avoir débarqué chez moi, elle s’évertuait à me préparer le meilleur des repas chaque jour, et comme nous mangions ensemble le soir – quand je ne traînais pas au bar – je demeurais toujours surpris de la voir engloutir la nourriture à pleines dents. Une fois son assiette vide, elle s’essuyait le coin des lèvres du dos de la main et se léchait la peau pour récupérer les dernières miettes. En pensant que plus jamais je n’aurai l’occasion de contempler sa joie de vivre l’instant d’un dîner, mon estomac se noua d’angoisse et de tristesse.
Qu’avais-je fait ?
Perdu dans mes songes les plus sombres, je remarquai à peine que la demoiselles aux cheveux noirs s’était éloignée pour poser son gobelet de soupe sur une table et s’asseoir sur le banc du vestiaire. Dégainant à nouveau son carnet et son stylo, elle y inscrivit deux mots. Elle me les montra quand je m’approchai : Dezba Dineh. Alors c’était son nom. Je ne savais absolument pas dire d’où il provenait. Elle griffonna alors d’autres mots, une phrase. « Je venais voir quelqu'un et j'ai oublié l’heure. Merci de m'avoir amenée jusqu'ici. Je serais encore là-bas sans vous. »
Elle venait voir quelqu’un… Oui, logique. C’était un cimetière après tout. Quoi que, tard le soir comme aujourd’hui, je n’avais encore jamais croisé personne.


- Y a pas d’quoi, répondis-je simplement.

Je pris place sur le banc à côté d’elle et bus une gorgée de café. Il me fit un bien fou, j’en avais vraiment besoin. Je savourai donc une seconde gorgée dans le silence du vestiaire, en laissant mon dos et l’arrière de ma tête reposer contre le mur derrière nous. Mais la perte d’Ikko refit surface et immédiatement, le malaise me traversa le cœur et le ventre. Je baissai les yeux sur le reste de café qu’il restait au fond de mon gobelet.


- Moi aussi je venais voir quelqu’un.

« Hein ? Mais qu’est-ce que tu racontes ? »
s’enquit Meyer désorienté.

Je l’ignorai, repris la parole sans quitter mon café du regard.


- Enfin… c’est cette personne que... j’ai enterré tout à l’heure.

J’avais décidé de jouer la carte de la sincérité cette fois, même si je n’allais pas lui dire toute la vérité, à savoir que Ikko était morte par ma faute.

- C’est la première fois que je rends visite... et la dernière j’espère.

Il le fallait, sinon ce serait forcément de ma faute. Je mettais totalement de côté mes parents parce que je n’en avais rien à faire d’eux. Ils ne viendraient pas à mon propre enterrement alors je ne me déplacerai sûrement pas pour eux. De toute façon, je comptais bien ne jamais les revoir depuis que j’étais parti de la maison.

- Ça fait bizarre d’enterrer quelqu’un que je connaissais. Ça m’est jamais arrivé avant.
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(#) Dim 19 Mar - 23:15
Vous buvez votre café et votre soupe, côte à côte sur votre banc. L'un lève son gobelet, l'autre le baisse, étrange danse tout en contretemps. Un instant tout est calme, silencieux. L'arôme de vos boissons se mêlent, surpplantent l'odeur antiseptique qui régne en ce lieu dédié à la mort. Vous êtes dans une bulle de carme, chacun muré dans votre silence personnelle, deux  vagues connaissances regardant dans la même direction sans chercher à envahir l'intimité de l'autre.

Et puis il parle. Le silence est rompu, le reste aussi. Le petit moment de félicité se crève comme un ballon de baudruche sous la pointe de ses mots.

D'instinct, tu détournes les yeux lorsqu'il t'avoue lui aussi être venu voir quelqu'un. Tu n'es pas assez bête pour ignorer ce dont il parle. Dans ce cimetière, on n'emploie cet euphémisme que pour un type de cas : un défunt. A croire qu'en partant, ils ont aussi perdus le droit au respect. "Venu voir quelqu'un"... cela sonne si mignon. Si inoffensif. Si normal.

Cette personne qu'il a enterrée tout à l'heure.

Ton souffle s'arrête, ton poing se crispe. Le plastique du gobelet se déforme sous tes doigts. Tu n'y fais pas attention. Ton coeur s'est figé en imaginant l'horreur de la scène. Tu n'as jamais vu de fossoyeur à l'oeuvre, mais tu peux imaginer. La terre et son parfum âcre ; la pelle, instrument usé, usuel, loin de l'apparat de la cérémonie ; le cercueil qui rend un son sourd alors que la terre pleut sur lui, d'abord en fine averse puis en mottes épaisses. Et surtout, surtout, l'être aimé qui s'enfonce sous le sol, de plus en plus loin du monde des vivants. Que ressent-on quand on manie la pelle ?

Dans un claquement sec, le gobelet céde sous ta poigne. Le peu de soupe de tomate tiéde qui restait à l'intérieur gicle sur ta main. Absorbée dans tes pensées, tu l'essuies sur ton pantalon d'un geste curieusement enfantin.

Il reparle et cette fois-ci, tu te retournes vers lui. Tu fouilles gravement son visage, ses yeux, ses traits. Ce que tu y cherches tu l'ignores, mais quelque chose dans sa voix t'a fait mal par delà le néant qui protége si souvent ton coeur meurtri. Un sanglot ? La tranchant d'une larme ? Non, rien d'aussi évident que ça.  Ce n'est pas la douleur qui fait écho en toi mais cette impression de.. responsabilité. C'est cela, réalises-tu. Il connaissait cette personne et pourtant, malgré le mal que cela lui causait, il a pris soin d'elle même par delà la mort. Responsabilité... la petite soeur de la culpabilité qui te hante jour et nuit.

C'est étrange, mais cet homme dont tu ignores jusqu'au nom, tu te sens proche de lui. Plus proche de que Leah qui a aussi perdu ses enfants, plus proche que de tes collègues que tu cotoies depuis des années.  Peut-être est-ce justement cet anonymat qui t'aide à compatir. Peut-être est cette responsabilité qui pèse sur son dos, comme un fardeau. Ou peut-être ces larmes retenues qui ressemblent aux tiennes.

Alors tu fais ce que tu n'as fait qu'avec Leah, contrainte et forcée : tu t'approches de lui, lui ouvres les bras. L'enlaces pour lui offrir un instant de réconfort. Tu ne lui demandes pas pourquoi il n'a pas fait appel à quelqu'un d'autre pour remplir cette tâche. Toi non plus, tu n'as pas laissé quelqu'un d'autre s'occuper de ton fils. C'est dans ton coeur, dans ton âme : on n'abandonne pas les siens. Même morts. Même si on les a tués. Non, tu ne lui demandes rien. Tu essaies juste de lui permettre un court instant de poser le fardeau et de se laisser aller.

A lui, tu peux l'accorder.
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(#) Lun 20 Mar - 19:02
Le craquement de son gobelet en plastique me fit légèrement tressaillir. Elle l'avait serré si fort entre ses doigts qu’il s’était fendu, faisant alors couler le fond de soupe sur son pantalon. Elle l’essuya d’un geste machinal puis me regarda comme si elle voulait percer mes secrets… avant de me prendre soudainement dans ses bras. Je me figeai, choqué.

« Bordel mais qu’est-ce qu’elle fout ? »

Je n’en savais rien ! Je ne m’attendais pas du tout à cette réaction ! Je ne m’attendais à rien en fait… Pourquoi ?

« Oh… je vois, elle compatit, » déclara Meyer sur le ton de l’évidence.

Elle comp… Mais… mais ça n’allait pas du tout ! Elle ignorait complètement la raison pour laquelle elle compatissait, elle ne savait pas que Ikko était morte de mes propres mains parce que j’étais un putain de taré mentalement instable. Si elle savait…


« T’avais qu’à fermer ta gueule ! T’es con aussi... »

Oui, j’avais alimenté le mensonge alors que j’aurais très bien pu ne rien ajouter. Qu’est-ce qui me poussait à parler ?

« La débilité… En tout cas, maintenant tu sais pourquoi tu déçois toujours tout le monde, » conclut Meyer.

Le mensonge. Je me réfugiais derrière et au final, ça finissait par me retomber sur le coin de la figure. Cependant, je ne pouvais pas avouer à Dezba que j’étais un meurtrier. Non, je ne pouvais pas. Pas à elle qui avait l’air totalement désorientée par la perte d’un proche, qui me croyait bon parce que je l’avais aidée. Il ne fallait pas qu’elle sache.


« Fais gaffe à c’que tu dis alors. »

Confus, je laissai la demoiselle se reculer, me priver de sa chaleur à la fois inattendue, agréable et angoissante. Je ne souhaitais pas la voir s’apitoyer sur mon sort, pas pour des raisons qu’elle ignorait. J’eus du mal à prendre la parole, incapable de la regarder en face, les mains tremblantes autour de mon gobelet de café.

- J’savais presque rien d’elle. C’est sûrement mieux comme ça.

Au moins, cela calmerait peut-être la tension. « Peut-être » parce que sachant Dezba sensible au sujet de la mort, mon plan ne pouvait pas forcément fonctionner. A mon avis, elle trouverait quand même triste de perdre quelqu’un. J’aurais tellement voulu être aussi humain qu’elle...

« Oula ! Y a du boulot ! »

J’évitai de serrer moi aussi les doigts sur mon gobelet et me contentai plutôt d’engloutir le reste de café d’un trait.
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(#) Lun 20 Mar - 20:35
C'est étrange, un corps. Souple ou rigide, dur ou mou chaud ou froid, vivant ou mort. Corps, ce n'est qu'un moment désignant ce qu"on peut toucher mais ce n'est que ça : un mot.

Ce que tu étreins n'est pas un mot. C'est un tronc d'arbre, un roc, un écorché de plastique. Tu sais que ce sont des bras, des épaules, un torse, un homme... mais ce n'est pas ce que tu sens. Tu sens la raideur, la surprise, l'incompréhension tout d'abord, suivie d'un semblant de mou un instant lorsqu'il réalise ce que tu fais. Il ne veut pas se laisser aller et tu le comprends mais quelque part, tout au fond, il en meure d'envie quand même.

Alors tu ne forces pas. Tu te contentes de rester enlacée à lui peut-être une minute, le laissant choisir de céder à ses émotions ou non. Un de ses bras se referme sur toi et reste là, branche de bois nu plaquée contre ton dos. Ce n'est pas grave. Tu n'insistes pas. Tu restes juste là, contre lui.

C'est que toi aussi, tu as fort à faire. Grand comme il est, ton visage est enfoui dans son épaule. Il sent la sueur, la terre, quelque chose d'âcre, de masculin. Et le café, rugueux, noir. Il te donne chaud - pas de la façon dont un homme donne chaud à une femme, non ; de la façon dont un bon samaritain irradie de la chaleur à l'attention d'un pauvre hère de passage. Tu plisses les paupières, les plisses fort lorsque le gel anesthésiant qui cerne ton coeur fait mine de fondre sous cette chaleur, cette chaleur qui remonte le long de ta gorge, de ton nez, de tes yeux, cette chaleur qui se transforme en eau. Pas pleurer, te rappelles-tu comme une rengaine. Pas pleurer. Les pleurs enchainent les morts. Pas pleurer. Même au creux de cette épaule protectrice qui t'abrite du monde. Pas pleurer.

Lorsque tu te sens sur le point de craquer, tu le lâches et recules. Tes yeux brillants de larmes contenues, tu les frottes du dos de ta main en lui adressant un sourire navré. Tu te sens bête comme ça. Encore plus quand tu penses à ce que tu viens de faire. Serrer contre toi cet inconnu. Le rouge te monte aux joues, tu détournes le regard et respire profondément. La chaleur partie, le froid t'envahit de nouveau et ton visage redevient neutre.

A sa remarque, tu te contentes d'hausser mollement une épaule. Peut-être. Peut-être pas. Tu doutes quand même qu'il n'ait rien su de cette personne, s'il a tant tenu à l'enterrer - mais cela ressemble bien aux choses que tu aurais pu dire à un imbécile trop compatissant pour qu'il te fiche la paix. Cette fois-ci, tes joues ne se contentent pas de rosir mais rougissent carrément. Tu n'aurais pas dû...

Alors une deuxième fois, tu rehausses les épaules. De la main, tu désignes ton coeur, fais mine de l'enserrer, ferme le poing souplement. Sourire navré, regard rapide dans sa direction que tu reportes ensuite sur tes genoux. Ta tête légérement penchée en avant est dissimulée sous le rideau de tes cheveux noirs mais le message est clair, bien plus que si tu avais pris la peine de l'écrire : Mon coeur s'est serré, désolée, j'espère ne pas vous avoir trop dérangé.
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(#) Lun 20 Mar - 21:51
En jetant un coup d’œil à la jeune femme aux cheveux noirs, je remarquai qu’elle n’avait pas l’air dans son assiette. Elle haussa les épaules sans que je sache si elle m’avait vraiment écouté. Elle paraissait traversée par une multitude d’émotions en même temps. Discrètement, elle s’essuya les yeux d’un revers de main, comme emprise d’une profonde tristesse dont je ne parvenais pas à délier le sens. Je savais qu’elle avait perdu quelqu’un, c’était peut-être récent. Mais comment compatir à mon tour, moi qui n’y connaissais absolument rien en amour ou en amitié, qui côtoyais la solitude et étais marié à la folie ? Comment faire comprendre à Dezba que je me sentais désolé quand ce genre de sentiment ne me traversait pas le cœur ?

« Même pas un peu ? »

J’observai la demoiselle. Les joues rouges et le regard fuyant, elle ne bougeait pas et luttait intérieurement contre ses sentiments. Si… un peu. Je compatissais un peu. Je ne savais absolument pas qui elle avait perdu ni dans quelles circonstances mais je parvenais peu à peu à éprouver de la sympathie pour elle parce qu’elle ne me fuyait pas. Son mutisme ne me faisait reculer en rien, je m’adaptais. D’ailleurs, je trouvais surprenant de ma part de ne pas avoir perdu patience ou de ne pas m’être moqué. Non, parfois, il fallait avouer que le mauvais Meyer disparaissait l’espace d’un instant pour laisser le bon Meyer dicter mes actes et impressions. Et cela faisait du bien, beaucoup de bien. C’était comme une libération. J’avais la sensation qu’à chaque fois que je croiserai Dezba, je pourrai me sentir plus serein. Pourtant, la situation ne demeurait pas vraiment propice à la bonne humeur. Aujourd’hui, chacun s’était retrouvé devant la tombe d’un être perdu à jamais. La tristesse et le regret planaient entre nous depuis ce moment fatidique où nous réalisâmes que nous ne pourrions plus les revoir.
Apparemment perdue dans de lointains songes, la jeune femme haussa à nouveau les épaules et me gratifia d’un sourire empli d’excuses. Je ne savais pas pourquoi elle semblait navrée et je ne le saurai certainement jamais. Mais peu importait. Quand elle baissa les yeux, le visage à demi caché par ses cheveux de jais, je détournai le regard, me rendant compte que je l’observais depuis bien trop longtemps déjà.


« Elle va te prendre pour un psychopathe. »

Je ne relevai pas. Au lieu de me battre intérieurement contre Meyer, sachant qu’il gagnait toujours, je finis par me mettre debout. Je pris doucement le gobelet cassé des mains de Dezba et le jetai avec le mien dans la poubelle. J’avais bien une idée de la suite des événements mais j’hésitais encore, trop embarrassé pour oser demander quelque chose de complètement insensé dans un lieu inapproprié.

« Bah… Qu’est-ce que t’as à perdre de toute façon ? »

Son respect peut-être ? En supposant qu’elle m’estime un minimum… Bref, je me lançai.

- J’vais sûrement te paraître complètement fou… ou tordu, au choix, dis-je pas très sûr de moi. Mais si parfois je reste ici après le boulot, c’est parce que j’ai pas de meilleure compagnie que les gens qui y sont enterrés.

A présent, plus personne ne m’attendrait à la maison… Je m’adossai au mur qui faisait face à Dezba et fourrai mes mains dans les poches de mon jean en regardant le carrelage avec grand intérêt.

- Et euh…

Je me raclai la gorge.

- J’viens profiter du piano dans la salle de recueillement parce que j’ai pas encore assez d’argent pour acheter un synthé et jouer dans le cimetière.

« Après mûre réflexion, quand ça sort de ta bouche, ça paraît totalement con, »
commenta Meyer hilare.

Je me mordis l’intérieur de la lèvre en priant pour qu’il se taise puis osai enfin lever les yeux vers mon interlocutrice.


- Quand je pourrai, je jouerai pour la personne que t’es venue voir. En attendant, je peux jouer pour toi. Enfin… si tu veux...
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(#) Lun 20 Mar - 22:57
Machinalement, tu suis des yeux le gobelet cassé qu'il t'ôte des mains. Poubelle : il dépasse de l'amas de gobelets qui l'emplit. Une ultime goutte de soupe en dégouline et coule, de gobelet en gobelet, petite larme sanguinolente qui finira au fond de la corbeille. Tourne, double et bouille.. .le vague fragment d'une pièce de théatre te vient à l'esprit avant de disparaitre presque aussitôt ; la pensée aigrelette n'a aucune chance de subsister, face à la rudesse éraillée de la voix de Meyer.

C'est étrange, mais tu as l'impression de sentir dans sa voix tout ce qu'il a refusé de laisser passer dans son corps quelques instants plus tôt. Du doute, de l'hésitation,de la tristesse, de la sensibilité... La carapace a été abaissée un instant ; tu n'oses pourtant pas lever le regard, de peur que surpris en pleine intimité il ne se referme comme une huitre. Tu l'écoutes, tête baissée, dans une attitude presque révérencieuse. Il ne dit pourtant rien de bien important mais... il parle. Et le simple fait de s'ouvrir, tu respectes ça, toi qui a tant de mal à sortir de ta forteresse de solitude. Toi tu n'as pas de compagnie tout court en sortant d'ici,qu'elle soit pire ou meilleure.

Tu ne le vois pas, mais tu discernes à la limite de ton champ de vision sa silhouette. Lui qui était si grand semble rapetisser, son dos accroché au mur, ta tête basse. Il parle mais se prépare déjà à se renfermer. Donne lui l'illusion d'un refus, et il se roulera en boule, ne laissant émerger de lui que son cuir tanné et ses piques acérées. Offrir ce qu'on a de plus tendre est tellement douloureux...

De la musique. Du clavier. En soit, tu n'as rien pour ou rien contre cela mais plus que la musique, c'est sa proposition qui t'émeut. Celle de faire quelque chose pour toi, l'inconnue qui a tenté de l'aider. Celle de... S'ouvrir. S'entrouvrir. Cette chose que toi, tu te refuses encore à faire.

Alors tu ne réfléchis pas de peur d'hésiter - hésiter à lui présenter ton fils, hésiter à voir la pitié mielleuse dans ce regard, hésiter à ce qu'il essaie de t'absoudre de ton crime. Yeux fermés, tu acquiesces à petits coups, trois, quatre fois. Oui, tu veux l'écouter. Tu veux l'entendre. Tu veux que sa carapace reste entrebaillée.

Tu te lèves et te plantes devant lui. Ce n'est qu'alors que tu lèves la tête et plonge tes yeux dans les siens.

Tu te rends compte avec surprise qu'il ne te dépasse pas de tant que ça...
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(#) Mar 21 Mar - 20:11
D’un côté, je craignais qu’elle refuse ma proposition, et de l’autre, je comprenais parfaitement qu’elle en soit gênée. Après tout, nous ne nous connaissions que depuis quelques minutes. Pourquoi se sentirait-elle bien à mes côtés alors que je ne dégageais que pessimisme et morosité ? Enfin… j’imaginais qu’elle n’avait pas forcément besoin de se sentir à l’aise pour me dire oui. Je ne savais plus quoi penser. Le regard perdu dans la lumière des néons se reflétant sur le carrelage, j’attendis, fébrile, que Dezba réagisse. Et elle ne tarda pas. Doucement, elle se leva du banc et s’approcha de moi à pas feutrés. Alors que je détachais mes yeux de la vision de plus en plus désagréable qu’offraient les reflets du sol, ses iris couleur émeraude attrapèrent mon regard. Un vert clair, éclatant, beau. Même si mes yeux étaient de la même couleur, je ne croyais pas une seule seconde qu’ils puissent égaler les siens. Je crus me perdre un moment dans leur profondeur si je la regardais trop longtemps. Je me détournai donc, à contrecœur, et l’invitai à me suivre hors des vestiaires.
Nous traversâmes la salle de repos, retournâmes dans le hall. Une porte au fond du couloir donnait sur la salle de recueillement. Grande et voûtée, elle était d’une rondeur parfaite et abritait en son centre de nombreux bancs de bois alignés les uns à côté des autres. Au fond, deux marches permettaient de monter sur une estrade au bord de laquelle reposait un piano droit, noir et si lustré que nous pouvions voir notre silhouette dedans. Je montai sur l’estrade, pris un instant la main de Dezba pour l’accompagner.


« Quel gentleman, j’te reconnais pas, » se moqua Meyer.

Je ne fis pas attention à lui et allai m’installer sur le tabouret faisant face au piano tandis que la demoiselle contemplait les lieux d’un regard curieux et chagriné. Soulevant le couvercle qui protégeait le clavier, je laissai courir mes doigts le long des touches sans appuyer dessus. Aucun de mes collègues n’utilisait cet instrument. En général, les familles apportaient un fichier numérique à lire dans l’ordinateur portable posé sur une table derrière moi. Le son était transféré dans les haut-parleurs dispersés tout autour de la salle, en hauteur. Si quelqu’un ici savait que je connaissais les bases du piano, on me demanderait d’œuvrer lors des cérémonies et je n’en avais pas du tout envie. Je préférais faire entendre ma musique aux morts, dans le calme le plus total, sans avoir à apprendre des morceaux que je n’aimerai peut-être pas en supportant les pleurs des familles.
Bref, inutile d’y penser maintenant. A part Dezba, personne ne m’écouterait dans les minutes qui allaient suivre. D'un geste léger, j’appuyai sur quelques touches au hasard, cherchant la note qui me permettrait de démarrer. J’ignorais quel air choisir. Je ne voulais pas quelque chose de triste, ni de trop joyeux. Un juste milieu…


« Là ! Stop ! »

Je laissai l’annulaire de ma main droite posé sur la dernière touche que j’avais doucement enfoncée. La note résonna encore un peu dans la pièce. Puis je commençais à jouer. Je n’étais pas très bon, ni mauvais. Les fausses notes surgissaient parfois sans prévenir mais j’estimai ne pas faire trop de bêtises durant ces quelques minutes de musique. J’espérais juste que ça plaise à Dezba. C’était tout ce qui comptait.


Spoiler:
 
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(#) Mar 21 Mar - 23:30
Tu fermes les yeux en passant la porte. Tu ne veux pas revoir cet endroit. Là où la veillée a eu lieu... Si ce n'était pas pour Meyer...

Alors tu le suis, tête baissée, yeux clos. Ses pas résonnent dans la vaste salle, les tiens en contrepoint. Tu n'as pas besoin de voir pour savoir où tu es : l'allée centrale étincelante et lustrée par les innombrables passages des ames éplorées, encadrée par des rangées et des rangées de bancs en bois sombre. Ta nuque brule tandis que tu te rappelles ces regards, alors que tu rejoignais le cercueil. Regards éplorés, regards de pitié, regards embrumés... Tu t'en fichais. Le seul regard important pour toi, jamais tu ne le reverrais.

Ses pas s'arrêtent. Les tiens aussi. Tu rouvres les yeux. Ton ombre se dessine sur le sol, délicatement découpée par la lueur des puissants luminaires au dessus de vous ; tu te sens comme pris dans le feu des projecteurs. On te regarde, tu le sais. Ce silence de mort ne trompe pas. Ils attendent que tu pleures, que tu cries, que tu parles. Que tu l'enterres. Mais tu ne peux pas... parce que tu le sais, il ne peut pas être mort. Pas ton fils. C'est toi qui devrais être morte, toi qui devais veiller sur lui. Toi qui devrais être dans ce cercueil et lui pleurer.

Une ombre t'avale; tu sursautes, reviens au présent. Meyer te surplombe et te tend la main pour grimper à l'estrade. Qu'il est grand ainsi, songes tu en acceptant son aide et en te hissant. Une fois là haut, tu le suis. Tu pourrais repartir mais c'est trop tard. Tu ne veux pas affronter la salle derrière toi, cette salle emplie de fantomes des vivants. Vous marchez jusqu'au piano.

Il s'assoit.

Il joue.

Tu écoutes.

Ce n'est pas merveilleux. Ce n'est pas atroce. Mais ça te fait du bien. Parce que ce jour là, personne n'a joué. Personne n'est venu sur l'estrade à part toi. Personne n'était là pour ton fils...

Ce soir, il y a quelqu'un.

Ta main se pose sur son épaule, doux encouragement à continuer. Enfin, tu oses relever la tête et affronter les bancs, ces témoins silencieux de ta douleur. Ils sont vides. Evidemment. Personne n'est là à part vous deux. Personne ne te juge en cet instant. Personne ne te voit.

Personne...

Deux larmes coulent de tes yeux, silencieuses, les premières que tu t'autorises à exprimer. Elles ruissellent le long de tes joues, se réunissent au bout de ton menton et tombent enfin, perles salées.

Enfin...

Tu t'asseois sur le banc à coté de Meyer et poses ta tête sur son épaule. Tu l'avais comparé tout à l'heure à une forteresse, un abri contre le reste du monde... Si seulement c'était vrai! Mais pour ce soir, tu veux y croire.

Les sanglots te secouent désormais. Tu commences enfin à craquer et c'est une torture autant qu'un soulagement. A tâtons tu attrapes une des mains de Meyer et la serres, comme s'il pouvait être l'ancre qui te ramènerait au monde une fois que tu auras pleuré l'océan de larmes qui se cache en toi.

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(#) Mer 22 Mar - 18:46
Je ne savais pas ce qu’elle faisait, je demeurais bien trop concentré sur les notes que je produisais. Elle pouvait partir d’ici, je ne le remarquerai même pas. Mais ce fut tout autre. Tandis que je poursuivais mon œuvre, une douce chaleur enroba mon épaule et je compris que la main de Dezba, debout derrière moi, m’effleurait légèrement. Un frisson me parcourut la nuque mais je ne m’arrêtai pas de jouer. Pourtant, plus la mélodie progressait, moins je me sentais à l’aise. En temps normal, j’aimais ce morceau, il ne me rendait ni triste ni heureux. Ou alors les deux, justement… Et je réalisai que, pour la demoiselle aux cheveux de jais, il pouvait avoir davantage d’impact du fait de sa situation. Les effluves de son parfum me chatouillèrent les narines au moment où elle prit place sur le tabouret à côté de moi. Là, elle laissa sa tête reposer contre mon épaule tout en écoutant attentivement. Ce contact ne me dérangeait pas, toutefois, je n’étais pas habitué à ce genre de geste si simple et agréable. Je faillis m’arrêter de jouer puis me dis que si je lui avais fait cette proposition, je devais aller jusqu’au bout.
Quand la dernière note s’évanouit dans les recoins de la salle de recueillement, je perçus des sanglots. L’instant d’après, la demoiselle attrapa ma main comme si elle était complètement perdue. Alarmé, je la regardai sans savoir comment réagir. Elle serrait fortement ma main, me donnant l’impression qu’elle craignait de disparaître dans les méandres de son chagrin.


« Et merde, tu l’as faite pleurer. »

Mais… mais non ! Ce n’était pas de ma faute !

« Ouais… ben fais quelque chose, trouve un truc ! »

Un truc, un truc… Quoi comme truc ?

- D… désolé… marmonnai-je. Je… euh…

Je me tournai à demi vers elle et la pris maladroitement par les épaules.

- Bouge pas, je… j’vais trouver autre chose ! dis-je affolé. Euh… j’vais trouver…

Je fouillai dans mes souvenirs pour essayer de faire remonter une nouvelle mélodie à la surface. Une mélodie qui améliorerait son moral, qui sècherait ses larmes, qui…

« Oula doucement ! Pourquoi tu paniques comme ça ? » s’enquit Meyer étonné.

Il avait raison. Voir Dezba dans un tel état de déchirement me faisait totalement paniquer. Mais pour une fois que quelqu’un était gentil avec moi, j’avais bien le droit d’être gentil en retour, non ? Il ne répondit pas. Incapable de me concentrer, je me levai du tabouret, regardant tout autour de moi en imaginant que la solution allait surgir de derrière un banc. Je n’arrêtais pas de répéter que je trouverai quoi faire… sans pour autant y parvenir.


- Laisse-moi juste deux sec… aaaaah !

Je voulais m’éloigner un peu et faire les cent pas pour mieux réfléchir. Je n’en fis qu’un seul. En effet, au moment où je me retournai, je me pris le pied dans le tabouret et m’étalai de tout mon long sur l’estrade.

« Alors ça ! Dans le rôle du clown au cirque, tu serais parfait ! Franchement... »

- Scheiße (Merde)…
grommelai-je rouge de honte.
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(#) Mer 22 Mar - 19:27
Le souffle, tu le perds, le retrouves, t'y noies puis le relâches. Tes larmes te font un masque de sel mobile dans ton chagrin. Tu pleures... Non, c'est bien au delà. Tu y perds pied, coule encore et encore, espérant autant que craignant heurter le fond car il te faudra alors choisir : remonter ou rester là bas. Tu ne sais pas si es capable de choisir... mais tu n'auras pas le choix. Tu n'as pas sangloté ainsi depuis des décennies. Ce qui coule de tes yeux, ce n'est pas une petite ondée de printemps mais bien un tsunami contenu, retardé, réprimé depuis tu ne sais quand. C'est une sensation terrifiante autant qu'exaltante, mort asphyxiante et noyade revilatlisante mêlées en un seul tout.

Mais tout ça n'est présent que bien, bien profondément dans ton esprit, bien loin de ce que tu ressens. En cet instant, tu ne connais que trois choses : le manque d'air qui te menace, l'eau qui te lave, cette main que tu serres au creux des tiennes, comme le doudou qu'un enfant étreindrais pour se protéger du croque-mitaine dans le placard. Même sa main sur ton épaule, tu ne la sens que comme un vague rêve, persistant mais immatériel.

Mais tous les cataclysmes ont une fin et peu à peu, l'océan se fait mer, fleuve, rivière, ruisseau. Tu respires, et tu sens ton nez pris, enflé. Tu respires et tes vêtements emprunts de sel ripent sur ta peau humide de sueur. Tu respires et tu te sens à la fois plus légére et fatiguée, tellement fatiguée...

Encore trop hébétée pour réagir, tu laisses la main de Meyer filer. Il se lève. Il recule. Il panique. Tu relèves les yeux avec un temps de retard vers lui, des yeux brillants et mornes tout à la fois sous l'emprise de l'excès d'émotion.

Et il tombe.

Et tu ris.

La fatigue te mène par le bout du nez, tu ne réfléchis qu'à peine. Les larmes ont mis en état ton corps pour les émotions fortes ; il est plus facile pour toi de passer des larmes au rire que de reprendre ton toi habituel, creux et lisse. Alors les larmes recoulent mais cette fois-ci, sous les soubresauts qui te secouent, elles roulent et perlent de partout ; du bout de ton nez, de la base de tes oreilles, de la commissure de tes lèvres. Tu te balances, toupie folle et désaxée semant à tout va les dernières bribes de ton masque aqueux de chagrin - mais sans jamais faire aucun bruit dans une pantomime digne d'un film muet, et l'idée qui en temps normal te désespère tant ne fait que renforcer ton hilarité aujourd'hui.

Lorsqu'enfin tu t'arrêtes, tu as physiquement mal. Aux cotes, aux joues, aux cuisses, aux mains - encore crispées sur la banquette pour t'empêcher de tomber pendant ton fou-rire, tu t'en aperçois. Tu as mal mais c'est bon. C'est une douleur qui existe, qui est soulageable. Une douleur qui t'ancre dans la réalité, contrairement au néant de ton coeur qui te rendait plus transparente chaque jour qui passait.

As tu jamais fait sourire plus radieux que celui que tu adresses à Meyer, pourtant encore enperlé de larmes ? Tu l'ignores. Mais tu le lui décoches comme le premier rai de soleil après la tempête, ce trait perçant de lumière qui accorde un peu d'espoir au malheureux qui a vu la nature se déchainer contre lui. Tes mains se mettent de la partie : clap clap clap clap, applaudissement régulier comme un battement de coeur. Il pourrait être ironique, mais tu ne le veux pas ainsi : c'est juste ta façon de lui dire merci en cet instant. Merci pour... pour tout.
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(#) Mer 22 Mar - 20:45
Je me relevai gauchement et me retournai vers Dezba, gêné. Il avait fallu que je me casse la gueule devant elle, bravo… Néanmoins, ma cascade inattendue eut son effet. La jeune femme se balançait sur le tabouret, les bras serrés autour du ventre, les yeux fermés laissant encore quelques larmes s’en échapper et couler sur ses joues rosies. Elle riait. Aucun son ne sortait de sa bouche. Mais elle riait. Même si je n’entendais rien, je voyais parfaitement que cela venait du cœur et qu’elle avait même du mal à s’arrêter.

« Eh ben… on peut dire que t’as réussi. »

Je n’imaginais pas un retournement de situation aussi radical mais après tout, je n’allais pas m’en plaindre. Époussetant mes vêtements d’un geste mal assuré, je regardai Dezba tenter de contrôler son fou-rire. Elle finit par se calmer, leva les yeux vers moi et applaudit. Sincèrement.

« Elle a raté tellement d’occasions de se foutre de ta gueule... »

J’évitai de soupirer, ne voulant pas que Dezba prenne ma réaction pour une réponse. Elle n’était pas ce genre de personne, elle ne se moquait pas du malheur ou de la maladresse des gens.

« Et comme tu sais ça ? »

Je l’ignorais. Mais j’avais envie d’y croire. Jusqu’à maintenant, elle ne m’avait montré aucun signe de méchanceté. Pourquoi être désagréable dans un moment pareil ? Il était vrai qu’elle aurait pu m’ignorer et s’en aller quand elle m’avait vu dans le cimetière. Mais elle était venue vers moi. Elle ne me voulait aucun mal, tout comme je ne lui voulais aucun mal.

« Ouais, comme pour tout le monde… Ikko par exemple. »

J’eus un frisson d’horreur. Ikko… Ce n’était pas moi, JE n’étais pas moi. Perturbé, je reportai mon attention sur Dezba qui présentait désormais une meilleure mine. A la fois pour chasser mes sombres pensées et rassurer davantage mon interlocutrice, je m’assis à nouveau sur le tabouret, à côté d’elle. Les mains à peine posées sur le clavier du piano, je lâchai un petit soupir.

- C’était pas voulu, j’crois qu’ça s’est vu, déclarai-je en lui accordant un sourire gêné.

Je tendis le bras sur le côté pour attraper un mouchoir dans la boîte posée à côté de l’ordinateur portable. Je le donnai à la demoiselle et repris :


- Cette fois, je vais te faire écouter une de mes compositions.

Je haussai les épaules.

- Bon… c’est pas du grand art… mais je me suis beaucoup entraîné !

Sur ces bonnes paroles, je pris correctement place et commençai à jouer.


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